Le journaliste Olivier Dubois, seul otage français au monde

Olivier Dubois, journaliste indépendant spécialiste de la région du Sahel, correspondant de Libération, du Point et de Jeune Afrique, a été enlevé le 8 avril 2021 près de Gao, dans le nord du Mali, pays où il vivait et travaillait depuis 2015.

Plus de 17 mois en captivité… À quand sa libération ?

Il est depuis le 8 avril 2021 détenu par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), un groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda au Sahel. Sa famille a depuis lancé un comité de soutien dans l’objectif d’alerter le gouvernement français afin d’obtenir sa libération.

Né le 7 août, le journaliste d’origine martiniquaise, père de famille, a fêté ses 47e et 48e anniversaires, captif. Il est à ce jour toujours présumé otage et seul otage français au monde.

Dans la nuit du 4 au 5 mai 2021, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, face caméra et le visage grave, il avait lui-même annoncé son enlèvement.

Cependant la dernière preuve de vie d’Olivier Dubois remonte au 13 mars 2022. Dans une nouvelle vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, il remerciait sa famille pour son soutien.

« À ma famille, merci pour tous vos messages radio. Tous les mois, ils sont une bouffée d’air frais et d’espoir »

Il appelait également le gouvernement à continuer à œuvrer pour sa libération. Depuis, plus aucune nouvelle d’Olivier Dubois…

Et face au retrait de la force Barkhane et du départ des soldats français du Mali, l’inquiétude de ses soutiens est croissante. Le gouvernement français a toutefois assuré, le 19 août dernier, rester totalement engagé pour la libération du journaliste. « Le retrait de l’opération “Barkhane” du Mali ne diminue en rien la mobilisation de la France pour faire libérer M. Olivier Dubois », a assuré le porte-parole adjoint des affaires étrangères, François Delmas.

« Tous les efforts sont déployés pour obtenir la libération de notre compatriote ».

Un soutien intact et qui ne faiblira pas

Plusieurs manifestations de soutien ont été organisées ces derniers mois en France hexagonale mais aussi plus particulièrement en Martinique.

En janvier dernier, une pétition en ligne était lancée pour demander sa libération. Pour ses 11 mois de captivité, son portrait a été projeté le 7 mars dernier sur la façade du Panthéon à Paris où étaient réunis famille, amis, confrères et soutiens. Puis le mois dernier, pour les 500 jours de captivitédu journaliste, la réalisation par le comité de soutien Free Olivier Dubois, d’une vidéo diffusée le 19 août pour sensibiliser le public, avait mobilisé la participation de plusieurs journalistes mais aussi la contribution de défenseurs des droits, de membres de sa familles, amis ou autres personnalités.

En Martinique, la Ville du François, le Comité́ de soutien #FreeOlivierDubois, avec l’appui de Reporters Sans Frontières, du Club presse Martinique et la famille d’Olivier Dubois, ont installé une banderole de soutien depuis le lundi 8 août 2022 sur le parvis de l’hôtel de ville du François d’où est originaire le journaliste. Elle y restera accrochée jusqu’à sa libération.

Alors que le 8 septembre dernier marquait le 17ème mois de captivité du journaliste, les inquiétudes continuent de croitre quant à l’état de santé d’Olivier Dubois. Radiococotier s’associe aux démarches de soutien de sa famille et de ses proches, tout comme à ses confrères au nom de la liberté de la presse.

La variole du singe circule sur nos territoires

Alors que plus de 18 000 cas ont été détectés dans le monde (hors d’Afrique et en majorité en Europe) depuis le début du mois de mai, les agences régionales de santé (ARS) ont informé de la découverte d’un premier cas confirmé de variole du singe (virus Monkeypox) en Martinique (le 15 juillet) puis en Guadeloupe (le 25 juillet). Il s’agissait de résidants ayant voyagé sur l’hexagone, dans une région où circule le virus. Depuis, ce sont plusieurs cas qui ont été confirmés en Martinique selon un médecin du service de maladies infectieuses du CHUM « et vu comme les avions sont pleins, il paraît évident que le virus circule sur nos territoires ». L’OMS a déclaré l’épidémie de Monkeypox comme étant une urgence de santé publique.

De quoi parle-t-on et quelles précautions doivent être prises ?

Après la Covid-19, déjà une nouvelle maladie ?

La variole du singe est une maladie infectieuse virale connue depuis le début des années 70, découverte et présente en Afrique. Cette maladie était habituellement transmise à l’Homme dans les zones forestières d’Afrique du Centre et de l’Ouest par des rongeurs sauvages ou des primates. Mais une transmission inter-humaine est également possible et depuis mi-mai 2022, plusieurs foyers de contamination inter-humaine autochtones ont été détectés en France alors que cette pathologie était absente du territoire européen, sans notion de voyage ni de contact avec des voyageurs en provenance d’Afrique.

Est-elle dangereuse ?

Dans la majorité des cas, il s’agit d’une maladie bénigne spontanément résolutive en deux à quatre semaines. La transmission se fait principalement par contact rapproché (notamment à l’occasion d’un rapport sexuel) avec une personne atteinte de Monkeypox donc porteuse du virus. On ne sait pas encore clairement s’il s’agit aussi d’une Infection Sexuellement Transmissible (IST)

Quels sont les symptômes ?

L’infection par le virus de la variole du singe peut se manifester dans les 5 à 21 jours qui suivent l’exposition, par une forte fièvre et des ganglions douloureux au niveau du cousuivis de l’apparition de boutons/lésions/vésicules, notamment au niveau des parties génitales, du visage et sur les muqueuses buccales ou anales qui peuvent être particulièrement douloureuses. En cas de signes évocateurs d’infection par Monkeypox, il est recommandé dès leur apparition d’appeler votre médecin ou un service médical d’urgence (le 15) et de s’isoler.

Pourtant des décès sont récemment survenus

La maladie est plus grave chez les enfants et chez les personnes immunodéprimées. En France, aucun décès n’a été signalé à ce jour. Dans le monde, les cinq morts survenues les quelques jours précédant l’écriture de cet article, étaient les premiers décès de patients atteints de la variole du singe en dehors de l’Afrique, selon l’AFP. Au total, dix décès ont été enregistrés dans le monde depuis mai dernier, les cinq premiers ayant été signalés sur le continent africain. Même si l’OMS prévoit une augmentation de leur nombre, les décès parmi les personnes porteuses du virus sont rares et essentiellement liés à des complications de personnes immunodéprimées. Au 02 août 2022, 2239 cas confirmés ont été recensés en France. Ces cas résidaient le plus fréquemment en Ile-de-France en Occitanie et en Auvergne-Rhône-Alpes.

Suis-je réellement concerné ?

Actuellement, si la majorité des personnes ayant contracté le virus sont des hommes ayant eu des relations sexuelles avec plusieurs partenaires masculins, la maladie peut toucher n’importe qui. Toute personne ayant un contact physique étroit avec une autre personne qui a contracté la variole du singe est à risque. Et plus le virus circule et plus il a de chance de toucher le plus grand nombre. C’est la raison pour laquelle, à ce stade, la Haute Autorité de Santé recommande une vaccination préventive aux groupes de personnes les plus exposés au virus : « Les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes rapportant des partenaires sexuels multiples ; les personnes trans rapportant des partenaires sexuels multiples ; les personnes en situation de prostitution ; les professionnels exerçant dans les lieux de consommation sexuelle ».

La vaccination est disponible auprès des CeGIDD (Centres Gratuits d’Information, de Dépistage, et de Diagnostic) des CHU de Martinique et de Guadeloupe, mais aussi au Centre Hospitalier de Cayenne, même si aucun cas de variole du singe n’a été détecté en Guyane.

Halte aux préjugés !

De nombreux préjugés et de fausses rumeurs entourent cette maladie, tant les informations sur Monkeypox peinent à atteindre le grand public. D’abord, beaucoup de personnes mal informées s’imaginent que c’est une maladie qui ne concerne que les homosexuels comme avec le VIH à l’époque, nous rappelle Brice Armien-Boudré co-président de l’association KAP Caraïbe. « On se doit d’être vigilant face à cette résonnance morbide avec les années SIDA, où l’appellation cancer gay stigmatisait et discriminait la communauté LGBT dans les suites de la découverte du VIH ». Il est important de dissiper les malentendus et de rappeler que Monkeypox se propage indépendamment de l’orientation sexuelle ou amoureuse. Ces fausses croyances pétries d’homophobie stigmatisent à nouveau la communauté LGBT voire en entraînent d’autres à ne pas se faire dépister.

Enfin, beaucoup de personnes estiment qu’une vaccination préventive serait beaucoup trop précoce en faisant une comparaison facile et immédiate avec le vaccin contre la Covid19. Pourtant, le vaccin indiqué est celui de 3e génération de la variole traditionnelle, IMVANEX, ayant une autorisation de mise sur la marché depuis juillet 2013. La vaccination contre la variole était obligatoire jusqu’en 1979 et est la plus ancienne de l’histoire de l’humanité. Utilisé actuellement dans les centres de vaccination, IMVANEX serait bien toléré et efficace pour réduire le risque de formes graves et l’intensité des symptômes en cas d’infection par Monkeypox.

Même s’il n’a pas la dangerosité de notre bon vieux virus de la variole humaine traditionnelle, Monkeypox est inquiétant par la sous-information et le caractère exponentiel de l’épidémie actuelle qu’il faut pouvoir contenir avant une possible submersion du reste de la population.

Le « grand remplacement », symbole d’une mixité désapprouvée

Dans 10 ans, serons-nous encore la septième puissance du monde ? Serons-nous encore une nation souveraine ou un auxiliaire des États-Unis, un comptoir de la Chine ? Serons-nous une nation unie ou une nation éclatée ? Face à ces questions vitales, pas de fatalité. Ni au grand remplacement, ni au grand déclassement. Je vous appelle au sursaut.

Valérie Pécresse

Bien que très brièvement évoqué durant son grand meeting de campagne au Zénith de Paris, en février dernier par Valérie Pécresse, candidate LR à l’élection présidentielle ; « le grand remplacement » aura valu un déluge de critiques d’une large partie de la classe politique car cette idée était jusque-là une exclusivité de l’extrême droite. 

D’où vient cette théorie du « grand remplacement » ?

L’expression vient de Renaud Camus, écrivain d’extrême droite et figure des milieux identitaires, qui l’utilise pour la première fois dans un essai publié en 2011, précisément intitulé « Le grand remplacement ».

L’idée est cependant plus ancienne, ayant été formulée avant les écrits de R. Camus. Nous pouvons la résumer ainsi : c’est la substitution du peuple européen ou français de souche par une population d’immigrés (venus principalement d’Afrique, du Maghreb) en une ou deux générations.

Ce fantasme d’une « submersion migratoire » était déjà d’actualité à la fin du 19ème siècle dans les courants nationalistes et antisémites mais il prend particulièrement de l’ampleur après la seconde guerre mondiale dans les cercles néonazis, fantasmant un complot juif. Une construction idéologique similaire émerge de façon concomitante aux États-Unis : « White genocide ».

Sur les 20 dernières années, ce sont les courants identitaires qui reprennent cette notion de changement de population en éclipsant l’argumentaire antisémite par un argumentaire raciste et islamophobe bien plus mobilisateur.

Une théorie raciste xénophobe mais aussi complotiste

Selon le discours des sphères néonazies après la seconde guerre mondiale, les élites dirigeantes capitalistes dont feraient partie les juifs, organiseraient volontairement une immigration massive afin de construire un homme « post-moderne » et « déraciné » : un complot juif visant à remplacer la race blanche par une humanité métisse vivant partout des mêmes marchandises. Renaud Camus récuse cet élément complotiste-antisémite qui, accolée à sa théorie, n’aurait selon lui que pour objectif de la décrédibiliser.

Malgré tout, il dénonce les élites mondialistes et les défenseurs des droits de l’homme qui laisseraient faire le grand remplacement.

Une théorie non valide de l’ordre du fantasme

Le grand remplacement est une contre-vérité qui ne répond à aucun argument rationnel. Le fantasme d’une « substitution du peuple en une ou deux générations » s’effondre face aux statistiques et données démographiques actuelles de l’INSEE. 

La part de la population immigrée dans la population française totale reste largement minoritaire sur les 75 dernières années, tout comme dans les projections jusqu’à 2050. 

Cette idéologie qui voudrait se substituer à la réalité n’existe pas et l’usage des statistiques est de ce fait récusé par les partisans du grand remplacement. Elles seraient un mensonge. 

Renaud Camus appelle à la « simple observation de la réalité » de notre environnement qui suffirait à démontrer l’africanisation de la société française. Le constat que la proportion d’immigrés est supérieure à la moyenne française dans certains territoires urbain, est ainsi instrumentalisé pour en tirer des généralités sur la France entière.

Ainsi, même si cette expression ne repose sur aucun fondement historique, démographique, ou statistique elle s’est popularisée par sa diffusion sur internet (le hashtag #grandremplacement en Trending Topic sur twitter) ou par le relais d’Éric Zemmour (ancien polémiste et candidat à l’élection présidentielle) durant de nombreuses années, presque quotidiennement à la télévision française. 

Devenue un slogan de l’extrême droite française, le terroriste Brenton Tarrant lui donne une notoriété mondiale en publiant un manifeste du même nom et en tuant 51 personnes en mars 2019 lors des attentats de Christchurch en Nouvelle-Zélande.

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Pourquoi est-ce compliqué pour les jeunes de revenir au pays ?

La Guadeloupe et la Martinique sont les deux seules régions de France perdant des habitants depuis une dizaine d’années.

Entre 2013 et 2018, la Martinique aurait perdu tant de ses résidents que le solde migratoire aurait retrouvé un niveau atteint à la fin des années 70, lorsque l’État français menait une politique incitative d’émigration (via l’ex Bumidom), principalement vers la France hexagonale.

Cette perte d’habitants est liée à de nombreux départs concernant majoritairement des jeunes poursuivant leurs études ou à la recherche d’un emploi. Nous avons toutefois tout pu observer depuis l’apparition de la covid-19, le retour d’enfants prodigues malmenés par cette soudaine crise sanitaire, mais la poursuite de ce déclin démographique reste malgré tout le scénario envisagé jusqu’à l’horizon 2030. En mettant de côté ce supposé vécu difficile du premier confinement, en quoi le « retour au peyi » serait difficile pour la jeune génération ?

Les contraintes et spécificités du marché du travail aux Antilles

Même si la Martinique reste en 2020 la région d’outre-mer la moins touchée par le chômage (juste avant la Guyane), le taux de chômage s’y établit malgré tout à 12,4% soit 4,4 points de plus que sur le territoire national. En Martinique tout comme en Guadeloupe, l’emploi des jeunes, premières victimes du chômage, est un véritable défi et un enjeu spécifique. Le chômage y est avant tout structurel.

Pour commencer, les marchés du travail y sont insulaires et par conséquent très étroits. De nombreux jeunes se retrouvent dans l’obligation de quitter leur territoire pour espérer trouver un emploi stable et pérenne. Beaucoup de secteurs d’activité (particulièrement dans le tertiaire) se trouvent être largement saturés sur nos iles.

Le marché du travail présente aussi une inadéquation entre l’offre et la demande de main d’œuvre.
En effet, Il existe spécifiquement aux Antilles un manque de qualification de la population en recherche d’emploi. En Martinique, de nombreux jeunes quittent le système scolaire sans diplôme et beaucoup de ceux qui travaillent ne sont pas diplômés, selon l’INSEE. Parmi ceux qui ne travaillent pas certains seraient tentés de quitter le territoire pour un premier emploi.
A l’inverse, le manque de filières spécialisées est une réalité sur nos territoires et pointé du doigt par nombre de brillants étudiants ayant choisi de se former à l’étranger et principalement en hexagone. Nombre d’entre eux deviennent surqualifiés pour des filières très spécifiques auxquelles ils n’auraient plus accès s’ils rentraient au pays.

Karukera. J’ai dû la quitter parce que mes projets professionnels n’étaient plus adaptés au « pays ». Comme je détenais une maitrise en droit à l’époque, il m’a été affirmé que je possédais trop de diplômes pour pouvoir rester en Guadeloupe : la surqualification. J’ai bataillé pendant près de deux ans dans l’espoir de trouver un emploi afin d’apporter ma pierre à l’édifice dans le paysage économique et social de ma chère Guadeloupe. Les désillusions ne se sont pas faites attendre. Rendez-vous sur rendez-vous à Pôle emploi. Une conseillère de cette institution m’a soutenu que mon projet de partir faire des études au Canada relevait de l’utopie. Quelques mois plus tard, à ma plus grande joie, j’ai été acceptée et j’ai décidé de partir. Aller simple vers Montréal.

Michelle Martineau, guadeloupéenne à Montréal

Idées reçues contre réalité

De nombreux étudiants préfèrent envisager leur vie professionnelle loin de chez eux avec l’idée reçue que succès et reconnaissance ne seront possibles que sur l’hexagone (au mieux à Paris). Ou alors d’autres évoquent l’absence d’évolution de carrière présentant de l’intérêt en Guadeloupe ou en Martinique. Ces idées reçues bien ancrées depuis l’enfance, invisibilisent les formidables opportunités de nos régions.
Le manque de transports en commun fiables sur nos iles n’est par contre pas de l’ordre du fantasme. De nombreux jeunes partis sans permis de conduire ne se préoccupent pas pendant leur études, de l’obtention de ce précieux sésame qui exige du temps et un véritable budget. Il s’agit pourtant d’un outil indispensable au retour au pays vu le manque criant d’infrastructures.
Dans le cas particulier des études médicales, beaucoup d’étudiants font le choix de ne pas revenir après leur externat. Au-delà d’une démographie médicale extrêmement préoccupante aux Antilles et en Guyane, il était urgent que les étudiants en médecine puissent faire la totalité de leur cursus au sein de leur région. C’était une demande forte de l’Université des Antilles (UA) depuis la création de la faculté de médecine, et dès septembre 2023, les étudiants en médecine antillais et guyanais ne seront plus contraints de s’envoler pour la France hexagonale pour effectuer leur externat.
Malgré tout, les jeunes médecins antillais n’hésitent pas à révéler qu’ils se sentent mieux en dehors de leur territoire en raison des rudes conditions de travail et de la mauvaise réputation des CHU, cristallisée par les évènements en lien avec la crise sanitaire.

La Guadeloupe et la Martinique vivent un fort déclin démographique. Même si le nombre d’enfants par femme est supérieur dans ces deux régions à la moyenne nationale, les nombreux départs concernant majoritairement les jeunes ont pour conséquence un vieillissement marqué des populations. Il existe d’autres problématiques aux Antilles qui n’affectent pas que les jeunes (la vie chère par exemple) mais il est clair que pour inverser ce déclin démographique qui paraît pour le moment inéluctable, ce sont toutes les spécificités de l’emploi et de la formation des jeunes générations qui doivent avant tout être prises en compte.

Alé vini, une association pour le retour en Guadeloupe

Malgré ces difficultés pour retourner sur leurs îles, Monsieur Ceranton fait savoir qu’ils ne sont pas seuls. En effet, une association a émergé en Guadeloupe depuis décembre 2019, il s’agit de Alé vini. Descendante de sa sœur Alé Viré, Martinique : terre d’avenir, son but est d’accompagner les jeunes dans leurs démarches de retour, en les coachant, en les mettant en lien avec les employeurs et faisant du lobbying auprès de l’État.
Selon leurs constats, il s’écoulerait une période de 5 à 15 ans avant qu’un jeune se décide à rentrer dans son île natale.
Mais quelles sont les principales difficultés qui freinant leur retour sur leur mère-patrie ?
Les causes seraient multiples et elles sont directement liées à la cause du départ. En effet, Émily Maureaux, diplômée en psychologie et étudiante en naturopathie, nous explique que le manque de formation, l’expérience requise, les salaires, la surqualification lors du retour au pays, le coût de la vie et le fait de devoir retourner vivre chez ses parents sont les principales causes de son non-retour.

Mais pour le sociologue Guadeloupéen Errol Nuissier, les causes seraient bien plus profondes, en effet il fait référence au « fanntchou ». Il s’agirait d’une notion ancrée dans les mentalités des antillais et ce, depuis de nombreuses années. Cela consiste à empêcher les autres de construire et faire en sorte qu’ils soient toujours en situation de faiblesse vis-à-vis des autres. En bref, nuire au succès de l’autre. Alors la solution serait d’accepter l’idée de bâtir en fonction de ses moyens et de « donner l’amour de la construction aux enfants ».
En bref, il voudrait pousser davantage les natifs à l’entreprenariat, les aider à monter leur propre succès. Bien que cette notion s’applique plus souvent dans le cas des entrepreneurs, elle peut être assimilée à toutes les causes qui font que les diplômé(e)s ne désirent pas rentrer.

Érrol Nuissier, sociologue guadeloupéen
Érrol Nuissier, sociologue guadeloupéen

Mais à part ne plus appliquer cette notion de « fantouchouisme », pour pousser les ultramarins à rentrer chez eux, il s’agirait de changer la mentalité de chacun, pousser la population à l’entreprenariat, se former ou d’étudier à ce qui répond mieux aux besoins du pays.
Il faut aussi accompagner et informer aux démarches parfois longues pour rentrer au pays, les natifs ayant parfois passé 10 ans à l’étranger à construire une vie.
Mais ce qu’il ne faut surtout pas oublier pour Samantha Lollia, étudiante à l’université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), c’est que « travailler sur l’île qui nous a vu naître où la majorité de nos repères se trouvent, donne l’envie d’y retourner ».

Histoire des drapeaux de Martinique et Guadeloupe

La Guadeloupe et la Martinique, Départements et Régions d’Outre-Mer (DROM) de France, ont bien évidemment pour drapeau officiel le pavillon tricolore bleu blanc rouge adopté par la nation et d’ailleurs dressé devant tous les lieux publics de l’ile et de l’archipel. Et comme bien d’autres régions françaises, ces petits bouts de terre au-delà des mers arborent aussi leurs propres pavillons locaux. L’objectif n’étant pas seulement de se différencier de la France hexagonale mais bel et bien d’exprimer leur propre singularité.
En raison du grand nombre de drapeaux existants dans ces deux régions, nous allons parler des plus populaires.

En Martinique

Il n’y a rien d’officiel sur l’ile aux fleurs. Et pour autant, ce n’est pas un, ni deux, mais bien trois drapeaux symboliques dans la culture et le patrimoine de la Martinique que l’on retrouve, avec leur propre signification, leur histoire et surtout leur lot de polémiques !

« Cachez ce drapeau maudit aux quatre serpents que je ne saurais voir ! ». Ce drapeau maudit ?

Il s’agit du drapeau aux quatre serpents, pavillon de la marine marchande du temps de la royauté et adopté en 1766. Il est divisé en quatre par une croix blanche sur fond bleu et chaque rectangle contient un serpent blanc. Ces quatre serpents représentent des trigonocéphales appelés aussi fers de lance, des reptiles endémiques et venimeux qui caractérisent de manière unique la Martinique.

L’utilisation de ce drapeau fait l’objet de polémiques. En effet, Il participait à l’origine, à l’organisation du transport maritime selon les usages de l’époque et était utilisé sur tous les vaisseaux bâtiments et bateaux de la Martinique. Il s’associait de fait, au commerce triangulaire, à la traite négrière et à l’esclavage. Objet de controverse, Il est visé depuis des décennies étant considéré comme un emblème maudit hérité du passé colonial et comme le symbole de l’esclavage.

Drapeau aux serpents

Il a été largement banni de notre espace visuel depuis 2018. Après avoir été interpellé sur le sujet lors de son déplacement en Martinique en septembre de cette même année, le président de la République Emmanuel Macron demande aux gendarmes de Martinique de retirer cet emblème aux quatre serpents par « souci d’apaisement ». Et c’est progressivement qu’il a commencé à disparaître des différents supports où il pouvait figurer (carte postale, objet souvenir et autres…). Mais il reste toujours utilisé pour représenter la Martinique à l’international notamment dans la liste des émojis.  

Rouge Vert Noir : Une origine confuse, incertaine et sujette à polémique

Ce drapeau revendiqué par différents groupes, partis indépendantistes et nationalistes martiniquais, à l’exception du Mouvement Indépendantiste Martiniquais (MIM) d’Alfred Marie-Jeanne, représente un triangle rouge et deux quadrilatères vert et noir. 

L’origine des couleurs de ce drapeau est assez confuse et remonterait à 1665 où elles auraient été brandies lors de grandes révoltes d’esclaves soutenues par leur chef Francis Fabulé un « Neg mawon » (ayant combattu auprès des amérindiens), puis à nouveau en 1801 par Jean Kina lors d’une révolte d’esclave au Carbet et enfin, en 1870 par les insurgés arborant des foulards ou bandeaux rouge vert noir lors de la grande insurrection du Sud. 

Ces couleurs ont été reprises dans les années 60 lors de la révolte en contestation à la départementalisation et sous la forme d’un étendard de trois bandes verticales par l’organisation de la jeunesse anticolonialiste de Martinique (OJAM). A la fin des années 60 ou au début des années 70 est mis au point le dessin actuel avec le triangle rouge et les deux quadrilatères vert et noir. Sa création dans cette version est revendiquée par différents groupes et personnalités que nous ne détaillerons pas ici et entre lesquels il existe des divergences. 

Drapeau rouge vert noir

L’utilisation de ce drapeau se fait habituellement de nos jours lors de mouvement sociaux et indépendantistes, le noir représentant aujourd’hui le combat pour la cause noire, le vert la classe paysanne et la terre féconde et le rouge évoquant plutôt le socialisme dès les années 60 -70 que le sacrifice et le sang des amérindiens et Neg mawon au combat au 19ème siècle. Dès 1995, il flottera pendant presque dix ans sur le fronton de la mairie et au centre des deux principaux carrefours à sens giratoire de la commune de Sainte-Anne, à l’initiative du maire de l’époque Garcin Malsa. Ce drapeau fera alors couler beaucoup d’encre dans la presse locale et suscitera de nombreuses querelles juridiques en opposant l’état français au maire de la commune dans sa quête à rassembler les martiniquais sous une autre bannière que celle de cet état français.

Tant d’ambition pour au final une suppression sans appel, Ipséité : un projet mort-né ?

En octobre 2018, alors que le Président Emmanuel Macron ordonnait le retrait de l’emblème aux quatre serpents des uniformes de la gendarmerie martiniquaise, Alfred Marie-Jeanne, président du conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de la Martinique (CTM), lançait au même moment, un concours visant à créer un nouveau drapeau et un nouvel hymne martiniquais pour représenter l’île dans les manifestations internationales, aussi bien culturelles que sportives. Un projet ambitieux pour lequel deux commissions de sélection ont présenté le 8 Avril 2019 leur sélection de trois drapeaux ainsi que trois hymnes. Les projets de drapeaux ont été baptisés “Acaéra”, “Ipséité” et “Le Flamboyant” et les résultats du vote des martiniquais ont été dévoilés le 10 mai 2019, au cours d’une cérémonie officielle. 

« Ipséité », déclaré vainqueur de ce concours de la CTM, est un drapeau aux symboliques fortes. Il porte en effet en son centre, un strombe géant communément appelé Lambi (coquillage emblématique des Antilles dont la conque est utilisée comme instrument traditionnel de musique), autour duquel on retrouve 34 étoiles amérindiennes symbolisant les 34 communes de la Martinique et huit segments évoquant huit des langues différentes parlées dans l’histoire de l’île : français, créole, anglais, espagnol, portugais, italien, chinois et arabe. La couleur bleu fait référence à l’océan Atlantique et à la mer des Caraïbes qui bordent l’île tandis que le vert se réfère à sa nature luxuriante.

Acaéra, Ipséité et Le Flamboyant
Drapeau Ipséité

Ce drapeau qui fut porté par l’équipe de football à la Gold Cup 2019 ne faisait pas pour autant l’unanimité. Il était contesté de façon virulente par les partisans du drapeau rouge vert noir et des particuliers ainsi qu’une association ont saisi le tribunal administratif contre cette décision de doter la Martinique d’un drapeau et d’un hymne. Les juges, en examinant la légalité de cette décision, ont rappelé qu’elle ne pouvait être prise par le président du conseil exécutif de la CTM sans une délibération de l’assemblée. A cet effet, le 15 novembre dernier, le tribunal administratif annule purement et simplement cette décision.

En Guadeloupe

De sa colonisation marquée par l’esclavage à nos jours, l’histoire de la Guadeloupe est riche et diversifiée. Un désir d’indépendance existe comme en témoignent les différents drapeaux qui sont sources de nombreuses tensions et polémiques au sein du peuple guadeloupéen. On en retrouve deux, non officiels et témoignant d’une histoire marquée de souffrance.

Un drapeau « colonialiste » ?

Le 27 mai 1848, l’abolition de l’esclavage est proclamée en Guadeloupe, et dans les suites est apparu le premier drapeau non officiel de l’île, basé sur les armoiries de la ville de Pointe-à-Pitre.

Ce drapeau composé de trois fleurs de lys est considéré comme un symbole associé à l’esclavage. Pourquoi ? Et bien, car les maîtres marquaient « d’une fleur de lys au fer rouge » les esclaves qui tentaient de fuir.

Drapeau « colonialiste »

Au-dessous, on retrouve un soleil qui est lié au climat de l’île. Et derrière celui-ci, un amas de canne à sucre représentant l’exploitation sucrière qui rappelons-le était l’une des principales sources de revenu économique de l’archipel. Quant au fond noir, il symbolise le continent africain et plus précisément l’Afrique noire. La majorité du peuple de la Guadeloupe en est les descendants.

Un drapeau qui dérange ?

Mais depuis de nombreuses années, ce drapeau jugé « colonialiste » ne fait pas l’unanimité, c’est du moins ce qu’a soulevé Madame Astrid Michée. Elle décide en de lancer le 7 août 2020 une pétition en ligne sur la plateforme change.org, contre ce drapeau colonialiste. En effet , les fleurs de lys rappellerait l’ancien régime français ou le code noir était appliqué. Cela irait d’ailleurs à l’encontre de la loi Taubira, loi qui a été votée le 21 mai 2001, qui considère l’esclavage comme un crime contre l’humanité, en référence à l’article qui dit que « le port et l’exhibition d’insignes ou emblèmes rappelant ceux des responsables de crimes contre l’humanité » est interdit.

Un nouveau drapeau … mais indépendantiste ?

En 1977, un drapeau dit indépendantiste voit le jour, cet emblème est proposé par Sony Rupaire célèbre auteur, militant et membre de l’union populaire de la libération Guadeloupe (UPLG). À travers ce drapeau, il voulait rappeler l’origine africaine de la population tout en réaffirmant leur identité culturelle. Ce drapeau dit patriotique est principalement utilisé lors de manifestations organisées par les syndicats tels que L’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG) ou encore le Liyannaj Kont Pwofitasyon (LPK).

Drapeau indépendantiste

Voulant un drapeau « rassembleur », le rouge, le jaune et le vert auraient été choisis en référence aux couleurs panafricaines qui sont présentes sur de nombreux drapeaux de pays d’Afrique comme le Cameroun. « Il fait hommage à l’Éthiopie qui a été la seule nation d’Afrique noire à conserver sa souveraineté pendant le démembrement de l’Afrique au XIXe siècle ». Concernant l’étoile, il n’y a pas de signification particulière, et les similarités avec le drapeau du Surinam seraient liées à un curieux hasard.