La Martinique aux Mondiaux de Flag Football

Dans le cadre des USA Flag World Championships qui se tiendront dès le 15 janvier prochain à Tampa en Floride (États-Unis), Resca Sports a eu la chance de s’entretenir avec 4 membres de la sélection martiniquaise, qui aura l’opportunité de prendre part à cet évènement réunissant 1345 équipes (record qui sera recensé dans le Guinness World Record.).

Resca : Pouvez-vous vous présenter et nous dire depuis combien de temps vous pratiquez le Flag ?

Samantha : Je suis auto-entrepreneuse ainsi que mère de famille et j’ai commencé en septembre, grâce à Leslie qui m’a encouragé. Je joue en tant que Quaterback et Receveuse pour les Canners de Saint-Joseph. Je m’investis à fond dans ce sport, car je pense qu’il est important que les femmes soient incorporées dans ce genre d’activités. Cela me demande beaucoup d’énergie mentale et physique, car nous avons deux fois plus de travail en tant que femmes, il faut que l’on soit au taquet tout le temps.

Corie : J’ai 20 ans, je suis étudiante et j’ai également commencé le Flag en septembre. Je suis souvent rusheuse en défense et je joue un peu running back, mais principalement en training et pas trop en match. J’ai été attirée par les extraits vidéos de NFL mais je ne me voyais pas pratiquer ce sport, notamment physiquement. Puis je suis tombé sur des vidéos de Flag et je me suis dit qu’il y avait moins de chances que je meurs *rires*. J’ai principalement vu des vidéos de mexicaines (plusieurs fois championnes du monde de Flag), et voir des filles pratiquer ce sport m’a convaincue. J’ai donc cherché un club en Martinique et ç’a commencé comme cela.

Christelle : Je suis infirmière de profession et cela fait 13 ans que je joue au Foot US. Je suis basée en Hexagone et c’est cette année que j’ai décidé de me mettre au Flag. J’ai également fait plusieurs entraînements auprès des Canners de Saint-Joseph, et je m’entraîne aussi là-bas à chaque fois que je me rends en Martinique, afin de distiller mes connaissances, liées aux similitudes entre les deux sports. Je joue Rusheuse, Corner, et je joue également RB et Receveuse en attaque.

Leslie : Je suis Juriste, et j’ai commencé le Flag en 2022, auprès des Iron Masks de Cannes. J’ai également joué dans d’autres clubs en France, mais également en Angleterre l’été dernier, équipe qui sera d’ailleurs présente à Tampa. La principale contrainte du Flag pour moi, réside dans le physique. Je suis obèse, et le Flag est l’un des rares sports où la morphologie et la vélocité n’importent pas énormément, permettant d’avoir un impact sur l’équipe peu importe la personne. Je suis quelqu’un de très vocale, j’adore encourager et c’est aussi ce que j’adore avec ce sport, il me permet d’être moi à 8000% *rires*.

Leslie, Joueuse des Iron Mask de Cannes et leader de ce groupe.

Comment vous définiriez le Flag, notamment concernant ses subtilités par rapport au Foot US ?

Christelle : Alors pour commencer, il n’y a pas de contact au Flag. Au Foot US tu as beaucoup de protections : Casque, Protège-genoux, Protège Cuisses, Coccyx, Hanches, etc… De plus, comme Corie le disait, le sport fait moins peur du coup, parce qu’il se joue beaucoup sur l’agilité du Foot US, sans le contact, donc ça donne plus envie d’y aller.

Leslie :  En plus d’être l’un des sports les plus lights en termes d’équipement, il y’a aussi le nombre de joueurs dans les rosters. Dans le Foot US ils sont une 40aine, alors que nous on est 12 dans le roster, et en 5vs5 sur le terrain.

Parlons du format que vous allez disputer, le 5v5.

Leslie : Le 5v5 est le format olympique, mais le Flag peut s’adapter à plus ou moins de joueurs, avec des règles adaptées. Concernant les Madinina All-Stars vont participer au format 5v5, et nous participerons aussi au 8v8 avec Christelle.

Comment avez-vous appris que la Martinique était conviée à participer aux Worlds de Tampa ?

Leslie : L’équipe de Flag avec laquelle j’ai joué en Angleterre l’été dernier a remporté son championnat et a gagné une invitation pour les Worlds. Quelques temps après, Tony (Tony Chard-Zobel), Président et fondateur des Canners, NDLR), m’a envoyé un message pour savoir si je connaissais la compétition car on l’y a convié avec les Canners. De là est parti le projet de monter une équipe martiniquaise mixte pour partir à Tampa. Les filles de l’Hexagone (Leslie et Christelle NDLR), viennent donc renforcer le projet. L’équipe sera toutefois composée d’un mix de toutes les équipes de Flag Martiniquaises. (Les Canners de Saint-Joseph, les Iguanes de Schœlcher, les Pirates du Diamant et les Rapaces de Ducos).

Est-ce que vous sentez des difficultés supplémentaires physiquement, du fait de jouer avec des garçons ?

Corie : On a la chance de s’entraîner toute l’année avec eux donc finalement, cela ne pose pas tant de problème que ça en match, Même si on sent tout de même les différences de puissance physique oui. Il y’a des petits cancans parfois mais cela passe vite *rires*.

Corie, Benjamine des joueuses de cette sélection martiniquaise.

Quels sont les objectifs pour la compétition qui arrive les filles ?

Leslie : J’aimerais que cela apporte de la visibilité, afin que les joueurs martiniquais soient sélectionnables en Équipe de France par la suite. L’objectif est aussi que la Martinique puisse organiser des compétitions régionales avec d’autres équipes des Caraïbes, la Jamaïque, les équipes des îles Caïman, etc… Si on peut créer du lien désormais, ce serait idéal. Maintenant que les Canners ont un terrain dédié au Flag, qui est absolument génial, il y’a la possibilité d’inviter les équipes étrangères. De surcroît, le Flag est ajouté comme discipline olympique en 2028, donc je souhaite que l’on puisse avoir des martiniquais sélectionnés dans l’Équipe de France Olympique dans 3 ans et demi.

Samantha : Personnellement, j’aimerais que l’on prouve que la Martinique existe dans ce domaine et que le travail que nous avons fourni jusqu’ici a payé. Étant donné que j’ai commencé en septembre, j’ai dû travailler encore plus pour être au niveau et je veux que cela se reflète à Tampa. Cela n’a jamais été discuté au sein des Canners mais il est vrai que Tampa peut servir de tremplin afin d’entamer une réflexion vers Los Angeles 2028.

Christelle : Les JO sont totalement l’objectif pour moi. Le but va être de se médiatiser au maximum, afin que la reconnaissance arrive et que la Martinique soit reconnue à terme, dans ce sport.

Samantha, la maman sportive du groupe.

Est-ce que vous avez adapté votre programme d’entraînement depuis que vous savez que vous allez à Tampa ?

Corie : Je me suis blessée en début de saison, donc pour moi l’objectif était surtout de faire des séances de kiné supplémentaires, pour ne pas handicaper mes coéquipiers sur le terrain

Samantha : Étant donné que je doublais déjà mes entraînements pour être au niveau pour la compétition, je n’ai rien changé à ma préparation physique. Je me prépare surtout sur le mental, qui sera déterminant pour la compétition.

Christelle et Leslie : Nous serons là pour l’aspect mental ne vous inquiétez pas, on pourra crier et encourager sans problème *rires*.

J’ai cru comprendre qu’il y’avait une histoire de retrouvailles grâce au Flag dans votre groupe ?

Leslie :  En effet ! Avec Samantha on se connaît depuis petites, et on s’est perdues de vue quand j’ai quitté la Martinique en 2005. Ce sont les publications Instagram des Canners qui nous ont permis de nous retrouver.

Samantha : J’ai vu que Leslie était déjà une star dans le club, elle m’a recommandé de tester le sport en venant de sa part, car c’est une star au club *rires*. Donc nous avons repris contact depuis, et les retrouvailles auront lieu à Tampa !

Enfin, dernière question, quand a lieu le grand départ ?

Christelle : Dimanche 12 pour les joueuses hexagonales, pour s’adapter au décalage horaire etc… et jeudi 16 pour les ultramarins. Et certains matchs seront diffusés sur CBS et ESPN !

Christelle, l’érudite sportive du groupe.

Merci d’avoir pris le temps de répondre à mes questions, et à bientôt !

Leslie : Merci à toi !

Les Madinina All Stars affronteront l’équipe des She-Unit de Los Angeles le 18 Janvier à 10h45 (heure locale), puis les Honey Badgers de Nottingham à 11h20 le même jour. Ces rencontres les mèneront à une place pour les phases finales dans la foulée, avec l’objectif de commencer à se faire un nom à l’international dans cette discipline.

Histoire du Sport : Marie-José Pérec

Nous retraçons l’une des sportives les plus mythiques de nos territoires : La championne Guadeloupéenne Marie-José Pérec. L’unique athlète Française trois fois championne olympique d’athlétisme.

Son histoire commence à Basse-Terre en Guadeloupe, où elle voit le jour le 9 mai 1968. Elle est élevée par sa mère Josette et surtout par sa grand-mère Éléonore, vendeuse au marché à Basse-Terre. Celle qu’on appelle « La Gazelle », en raison de son physique longiligne commence le sport en pratiquant le basket-ball à la section du Cygne Noir (Baillif) entre 1982 et 1983, où évolue sa sœur aînée. C’est là que sa professeure d’EPS, Marie-Hélène Soual, la repère et lui fait découvrir l’athlétisme. Elle l’inscrit à une course où elle termine 2ème, ce qui lui permet d’être sélectionnée aux championnats de France scolaires.C’est deux ans plus tard, en 1985, qu’elle débute pour de bon avec le groupe de Fernand Urtebise à l’INSEP. La mayonnaise ne prend pas et les relations avec son entraîneur sont tendues, elle décide alors d’arrêter l’athlétisme et de rentrer en Guadeloupe.

Mais évidemment, l’histoire ne s’arrête pas là. Marie-José revient sur la piste en 1987 et intègre le groupe de François Pépin au PUC (Paris Université Club). L’année suivante, elle soulève ses premiers trophées avec un premier record de France du 400 mètres et remporte son premier titre de championne de France de la discipline.

Après s’être hissée jusqu’aux quarts de finales du 200 mètres lors des JO de Séoul 1988, elle remporte la médaille d’or sur 200 mètres du championnat d’Europe en salle de 1989 et enchaîne avec une médaille de bronze sur 400 m aux Championnats d’Europe de Split en 1990. C’est en 1991, pour les 400 mètres des Championnats du monde d’athlétisme à Tokyo qu’elle est couronnée de la Médaille d’or devant sa grande rivale, l’allemande Grit Breuer. À 23 ans, elle devient la première championne du monde d’athlétisme français. Elle établit d’ailleurs un nouveau record de France en 49 secondes 13, ce temps constitue alors la huitième meilleure performance mondiale de tous les temps.

Le 5 août 1992, lors des Jeux Olympiques à Barcelone, Pérec est l’une des deux grandes favorites avec la championne soviétique et tenante du titre, Olga Bryzgina. Après un départ moyen, et au bout d’une finale haletante lors d’un mano à mano avec l’athlète ukrainienne, c’est finalement la Guadeloupéenne qui triomphe. Elle décroche la médaille d’or au 400 mètres féminin et devient ainsi une icône de sa discipline.

Elle décide en 1994 de changer d’entraîneur, après une relation tendue avec Jacques Piasenta. Elle rejoint le groupe « HSI » du coach américain John Smith. De grand sprinters mondiaux en font partie, dont les athlètes Maurice Greene, Ato Boldon, ou encore Quincy Watts. Sous le soleil de Californie, elle s’entraîne dur comme fer, mais dans des conditions plus tranquilles.

La même année, elle remporte le seul titre qui manquait à son beau palmarès : celui de Championne d’Europe. Trois jours plus tard, elle remporte la médaille d’or du relais 4 x 400 m aux côtés de TROIS autres Guadeloupéennes : Francine Landre, Évelyne Élien et Viviane Dorsile.

L’année suivante, en 1995, et malgré une contracture à la cuisse droite à la suite d’une répétition intense d’efforts, elle parvient à remporter l’or à l’épreuve du 400 mètres haies lors des Championnats du monde à Göteborg, en Suède.

Lors des Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996, Marie-José Pérec défile comme porte-drapeau de la délégation française. Sa mission : garder son titre de championne olympique.

Le 29 juillet 1996, pour sa première épreuve lors des jeux (400 mètres), elle remporte à nouveau l’or, en devançant la Nigériane Falilat Ogunkoya et l’Australienne Cathy Freeman.

La Guadeloupéenne établit un nouveau record olympique avec un temps de 48 secondes 25. Elle entre définitivement dans l’histoire : aucun champion olympique du 400 mètres (homme ou femme) n’avait réussi à obtenir deux titres consécutivement.

Trois jours plus tard, elle se présente à l’épreuve du 200 mètres. Comme lors de la finale de 1992, elle est dépassée au départ par ses concurrentes, mais grâce à un finish exceptionnel en fin de course, elle parvient à devancer la Jamaïcaine Merlene Ottey. Marie-José Pérec remporte une nouvelle médaille d’or olympique ! Elle vient de réaliser le doublé 200 – 400 mètres.

Mais hélas, en 1998, deux ans après les JO Atlanta, elle est victime d’une mononucléose qui la contraint de s’éloigner des pistes durant plusieurs mois. Elle arrête par ailleurs sa collaboration avec son coach John Smith et choisit l’allemand Wolfgang Meier comme nouvel entraineur, c’est avec lui qu’elle préparera les JO de Sydney en 2000.

Quatre ans après son doublé olympique aux JO d’Atlanta, M-J Pérec arrive en Australie en septembre 2000. Mais les choses ne se passeront pas comme prévu. L’enfant de la maison, l’athlète australienne Cathy Freeman est adulée et la Guadeloupéenne est contrainte d’abandonner la compétition. La cause : elle devient la cible du public et des paparazzis.

En 2003, elle exprime son intention de participer aux Championnats du monde 2003 de Paris Saint-Denis, mais malgré ses efforts, une irritation du nerf sciatique l’empêche de réaliser son objectif.

Après plus de 15 ans d’activités, elle annonce officiellement en juin 2004 sa retraite sportive, la fin d’une carrière légendaire.

Marie-José Pérec, c’est un palmarès qui vaut un article à lui tout seul.

🇫🇷 5 fois Championne de France : (100 m : championne en 1991 / 200 m : championne en 1992 et 1995 / 400 m : championne en 1988 / 400 m haies : championne en 1989)
🥇3 médailles d’or aux Jeux Olympiques : 1x en 1992 (400m), 2x en 1996 (200m et 400m)
🥇2 médailles d’or aux Championnats du Monde : 2x en 1991 et 1995 (400m)
🥇2 médailles d’or aux Championnats d’Europe : 2x en 1994 (400m et 4x 400 m)
🥇1 médaille d’or en Coupe du Monde des Nations : 1x en 1992 (200m)
🥇2 médailles d’or en Coupe d’Europe des Nations : 1x en 1991 (400m), 1x en 1996 (200m)
🥇1 médaille d’or aux Championnats d’Europe en salle : 1x en 1989 (200m)
🥇1 médaille d’or aux Jeux de la Francophonie : 1x en 1989 (200m)
🥇1 médaille d’or en Finale du Grand Prix IAAF : 1x en 1994 (400m)
🥈1 médaille d’argent en Coupe du Monde des Nations : 1x en 1992 (4 x 100m)
🥈3 médailles d’argent en Coupe d’Europe des Nations : 3x en 1993 (1x en 100 m, 1x en 200m, 1x en 4 x 100m)

🥉1 médaille de bronze aux Championnats d’Europe : 1x en 1990 (400m)

Elle détient le record de France du 200 m (21 secondes 99 en 1996), du 400 m (48 secondes 25 en 1996), du 400 m haies (53 secondes 21 en 1995) et du relais 4 × 400 mètres (3 min 22 secondes 34 en 1994).

Madame Pérec, pour votre empreinte indélébile dans l’histoire du sport ultramarin et votre légende, nous vous disons un GRAND Merci !

Tour de la Guyane 2023 : Le Bilan pour les coureurs locaux.

©️ Guyane la 1ere

Le cas Dilhan Will

Un temps désigné comme « leader du public » de par ses bonnes prestations dans le Tour de Martinique durant ces vacances, Dilhan Will de La Croix du Sud – BRED de Matoury n’a pas su répondre aux attentes des Guyanais lors des différentes étapes. Contraint à l’abandon à la suite d’une lourde chute sur la 3e étape du Tour de Guadeloupe, la présence de l’espoir Matourien dans ce tour, avec uniquement 12 jours de récupération, ne lui a pas empêché de terminer dans le Top 10, à la 9e position, soit le second meilleur classé juste après Maurice Buzaré du Vélo Club Sinnamary.

William Doxaint, l’unique vainqueur local d’étape.

Lors du 2nd tronçon de la 8e étape samedi après-midi, les supporters ont pu enfin vivre une victoire locale et notamment Cayennaise grâce à William Doxaint du Vélo Club Guyanais, alors en lutte dans un sprint final avec Maurice Buzaré du Vélo Club de Sinnamary. 

Grâce à cette victoire d’étape, le jeune Cayennais a permis à son pays de briller dans son propre tour le temps d’une étape. 

Le sport antillais amateur : le développement des métiers

Le sport antillais a connu une évolution notable dans la formation des professionnels et des métiers du secteur. Cependant, des limites sont observées en raison de son contexte amateur. Les clubs rencontrent des défis, alors qu’ils cherchent à investir dans de nouveaux domaines pour développer leurs performances.

Les Antilles disposent de grandes réussites sportives à l’international, et de beaucoup de noms ayant commencé leur formation dans nos terres. On peut penser à Thomas Lemar, Sandrine Gruda ou encore Didier Dinart pour ne citer qu’eux.

Le CREPS / Crédits : atelier.d

On les considère comme des “Terres de Champions”, notamment grâce à l’existence de nombreux pôles espoirs (basket, athlétisme, handball,…), mais aussi du CREPS Antilles-Guyane qui permet en plus de la réussite sportive pour certains, de former également de futurs professeurs d’éducation physique et sportive. Pour atteindre ce niveau de réussite, de nombreux secteurs sollicités doivent répondre aux ambitions des clubs de différents sports.

Une démocratisation des métiers

En effet, si l’on remonte dans le temps et jusqu’à la fin des années 1950 et le début des années 1960, la présence de spécialistes dans le sport était très faible. C’est ce que nous a appris Carmel Luissint, ancien entraîneur de la sélection Guadeloupe et un des membres fondateurs du célèbre club de l’Étoile de Morne-à-l’Eau, qui nous a fait part de l’évolution notable du secteur sportif antillais.

Carmel Luissint, président du site du club KIwanis, 2017

L’évolution dans le domaine scolaire

Premièrement, au niveau scolaire, “il n’y avait pas de professeur de sport pour nous, c’était les instituteurs qui dirigeaient les séances en n’ayant aucune notion de sport, ce qui ne nous permettait pas de comprendre la rigueur qu’il fallait dans le domaine”, nous dit-il. Puis au fil du temps, des diplômes pour la spécialité se sont développés ainsi que des concours pour devenir professeur d’éducation physique et sportive pour la jeunesse.

La naissance des postes en club

En ce qui concerne les métiers en club, l’ancien sélectionneur guadeloupéen nous a expliqué en prenant l’exemple du football, que le poste d’entraîneur a également connu un changement majeur, “c’était le meilleur joueur, celui qui avait le plus d’aptitudes techniques et physiques qui était entraîneur, c’était une sélection faite naturellement, par habitude.”

Or, quand les entraîneurs formés en tant que tels sont arrivés, le changement a été rapidement constaté, les compétences requises pour un entraîneur ne sont évidemment pas les mêmes que quelqu’un à qui on attribue le poste de par ses atouts au football. Les différentes formations, concours se sont par la suite fortement développés et de nombreux postes plus techniques ont vu le jour : les médecins du sport, les arbitres, les recruteurs mais aussi les journalistes spécialisées et plus encore.

Un développement limité ?

Le développement des métiers a été constaté, mais aujourd’hui le sport antillais rentre dans le cadre amateur et par conséquent des limites sont observées. Interrogé sur le sujet, Rony Edouard, ancien entraîneur de la Jeunesse Sportive de Vieux-Habitants, dénonce le manque de moyens que disposent les clubs afin de pouvoir développer de nouveaux domaines.

Rony Edouard / crédits : France-Antilles

Un contexte amateur pénalisant 

 “Avons-nous les moyens ? Les infrastructures nécessaires pour ces nouveaux métiers ? Les clubs ont évidemment besoin de ces biais pour développer leurs compétences et leurs performances, cependant combien peuvent s’offrir leurs services ?” C’est donc ce contexte amateur qui complique et limite la tâche pour le sport antillais, “La ligue, les politiques n’ont déjà pas les moyens de soutenir les clubs, de donner des infrastructures dignes de ce nom pour de simples entraînements, des formations et autres encadrements ! Alors imaginez pour des services tels que l’analyse vidéo, le recrutement, les préparateurs physiques, les préparateurs mentaux, etc… Nous serions dans un milieu professionnel cela serait plus facile !” 

Des ambitions réduites 

Cette situation ne rentre pas en adéquation avec les ambitions des clubs de nos régions qui ont la volonté de s’étendre et d’investir dans des joueurs, entraîneurs et autres mais qui ne disposent pas de moyens suffisants. Les extras comme nous l’indique l’entraîneur de la JSVH sont nécessaires au développement de nos disciplines sportives. Il porte un œil attentif sur ceux qui montrent l’envie de développer le sport antillais, “Nous devons ce développement qu’à la bonne volonté de quelques professionnels bénévoles qui ont le vœu de faire progresser le secteur ! Je veux pour exemple Karaïbes Sports, Total Sports,etc…”.

L’élaboration d’un avenir

Certains métiers du secteur professionnel sportif se développent malgré tout aux Antilles, dont celui d’analyste vidéo. Nous avons pu interroger Jahyron Edouard, 19 ans, qui a effectué une formation à l’En avant de Guingamp, club évoluant en Ligue 2 avant de revenir en Guadeloupe pour exercer le poste et de travailler pour des clubs tels que La Gauloise.

Jahyron Edouard, 30 septembre 2021

À travers son métier, il donne son avis sur la situation aux Antilles, “Étant analyste vidéo dans le football, un métier qui est peu voire pas développé chez nous, il faudrait bénéficier de plus de formations, de stages”. Jahyron Edouard est un des premiers analystes vidéos qui exercent en Guadeloupe et a pour volonté de démocratiser son métier afin de permettre une ouverture sur nos îles et de voir plus grand.

Un potentiel à exploiter 

Lorsque nous observons les discours émis concernant le souci du secteur sportif aux Antilles, c’est principalement celui du manque de moyens disponibles, or que le potentiel est présent et avec le succès de nos sportifs dans le monde, les possibilités de faire encore de grandes choses sont immenses.