Léonardo Mosquea aux portes de l’Europe
C’est sans un regard pour son adversaire que Viktor Trush est entré dans la salle des délibérations de la mairie de Cayenne. Accompagné de son clan, le boxeur tchèque s’est montré quasi-mutique face aux questions de la presse et devant un public qui en attendait certainement un peu plus.
Et pourtant l’enjeu est de taille ! Ce week-end, l’un des deux hommes deviendra champion de l’union européenne de boxe anglaise dans la catégorie des lourds-légers.
Le protégé de Jacques Chinon est en confiance et compte bien le prouver samedi soir sur ses terres.
« Il a 11 combats dont 8 victoires par KO, ça peut en impressionner beaucoup mais moi personnellement non. Je connais mes armes ».
Léonardo Mosquea
Léonardo Mosquea n’a en effet pas de quoi trembler, lui qui est invaincu en 12 combats professionnels et qui a déjà raflé deux titres de champion de France cette année.
Viktor Trush est aussi prêt à en découdre de son côté.
« On a regardé quelques vidéos. On s’est préparé pour ce combat comme n’importe quel combat ».
Viktor Trush
Une préparation bien ficelée
Léonardo Mosquéa n’a pas que de la foudre dans les poings, il est également très bien entouré en la personne de Laurent Faubel, son coach à Bron.
« On s’est bien préparé, on est confiant, ce n’est pas de l’arrogance que de le dire. »
Laurent Faubel (Coach de Léonardo Mosquea)
Et pourtant, le style et les atouts de son adversaire pourrait venir le mettre en difficulté. Un puncheur agressif doté d’une belle allonge. Cerise sur le gâteau, c’est un gaucher. Pas de quoi inquiéter l’homme de coin du boxeur cayennais qui affirme que son poulain s’adapte plutôt bien aux gauchers. Par chance, la team Mosquea a pu trouver un sparring partner ayant la même taille et doté des mêmes caractéristiques que Viktor Trush.

Une grande soirée de gala
Mosquea opposé à Trush, oui mais pas que ! C’est une véritable soirée de gala qui est organisée par Romaric Rupert, créateur de Flexcible. Un programme avec pas moins de 11 combats amateurs dont 2 féminins. Les boxeurs locaux iront se frotter à certains pensionnaires de la Bron Boxing Academy. Une occasion pour le Comité Régional de Boxe de profiter de cet événement et de mettre en valeur les jeunes, les coachs et les présidents de club du territoire qui s’investissent au quotidien.
Et que dire du combat de Kesny Joseph, l’ancien champion de France amateur, qui combattra pour la première fois chez les professionnels face à un adversaire tout droit venu du Guyana !
« On a un beau plateau. Il n’y aura pas que de la boxe, mais aussi des artistes comme DJ Bryan, Venssy. Tout est réuni pour passer une belle soirée. »
conclut Romaric Rupert
Les athlètes guyanais brillent au Meeting International Des Savanes

Le sprint féminin en figure de proue
Bien qu’un grand nombre de disciplines soient représentées, c’est bien le sprint féminin qui était à l’honneur le samedi 29 avril après-midi. Un choix des organisateurs comme le souligne l’une des bénévoles.
« Chaque année, on essaie d’innover. Le but étant de mettre en avant les athlètes phares de notre club. Actuellement, nous avons deux jeunes filles très performantes sur le sprint. »
L’une des bénévoles
C’est le cas de Gémima Joseph, la nouvelle pépite de l’athlétisme guyanais. Alignée sur le 100m et le 200m, la jeune kouroucienne entamait sa saison estivale sur la piste de ses débuts en s’imposant sur les deux distances.
« Les prochaines échéances sont les championnats de France espoir et élite. Je vise la première place. Ensuite, les championnats du monde à Budapest en août où je vais tenter de me qualifier sur 200m. »
Gémima Joseph
L’athlétisme guyanais peut aussi compter sur d’autres jeunes filles prometteuses comme Tara Lafontaine ou Jessika Ringuet. Cette-dernière détient la meilleure performance française de l’année sur 200m dans la catégorie junior. Elle peut s’appuyer sur sa mère, Katia Benth, ancienne sprinteuse de l’équipe de France.
« Je suis très contente et très fière, elle ne va pas tarder à battre son record personnel. On va continuer à travailler et se préparer pour les championnats de France au mois de juillet »
Katia Benth

Un meeting aux dimensions internationales
La Guyane n’était pas la seule à mettre en valeur ses talents. Des athlètes surinamais sont venu donner du fil à retordre aux locaux. Une délégation toulousaine, entraînée par le natif de Kourou, Léandre Stanislas, est également venu se tester dans la ville de l’espace.
« Au départ, on voulait aussi faire venir des compétiteurs du Guyana, de Sainte-Lucie ou encore de Trinidad-et-Tobago mais la plupart s’entrainent aux Etats-Unis, et le meeting avait lieu en même temps que leurs examens universitaires »
Ghislain Zulemaro, directeur des sports de la commune.
Les visiteurs ont rapidement montré qu’ils n’étaient pas là pour faire de la figuration. Le 400m féminin a vu s’imposer Seynabou Camara, actuelle championne de France de la discipline, devant Nandy Charles de Matoury 2000 et Amely Pulchere de l’ASL Sport Guyanais.
Amelle Boyer a fait la différence au triple saut. La toulousaine a décroché la première place grâce à son troisième essai mesuré à 12m11. Elle devance Leane Alfred (11m38) de l’ASL Sport Guyanais et Sheriane Djo (10m79) du Toucan Athletic Club.

Chez les hommes, le 200m a quant à lui était dominé par Hervé Toumandji, le pensionnaire du Toulouse OAC, avec un temps de 21’68 devant le sprinteur et bobsleigher guyanais Alan Alais qui réalise un chrono de 21’88.
Au 100m masculin, c’est Jalen Lisse qui fait briller le Suriname en remportant sa course de justesse en 10’84.
Un événement qui ravit les grands… et les petits
Au-delà des performances sportives, le meeting a été avant tout un moment de partage et de fête. C’était l’occasion de mettre en valeur les éducateurs et de ravir les enfants des catégories poussins et benjamins qui ont pu courir sous les applaudissements du stade.
« Le but de cette manifestation c’est aussi d’amener les petites filles vers l’athlétisme. On espère susciter des vocations », confie une organisatrice.
Matthias Maurer et Thomas Pesquet : à la rencontre des guyanais
Le public était venu en nombre lundi après-midi au pôle culturel de Kourou pour écouter Matthias Maurer et Thomas Pesquet. L’occasion de revenir sur la carrière des deux astronautes de l’ESA et sur la vie au sein de l’ISS.
Des parcours hors-normes
Matthias Maurer grandit en Allemagne où il va y étudier le génie des matériaux à Sarrebruck avant de poursuivre des études d’ingénieur dans différentes universités européennes. Il fréquentera celles de Leeds, Nancy et Barcelone. Un parcours très riche qui s’avère être un choix murement réfléchi pour celui qui s’est exprimé d’un français assuré au micro du pôle culturel de Kourou.
Étudier dans ces pays était une chance d’apprendre et de pouvoir communiquer dans d’autres langues
Matthias Maurer
En 2004, il achève son cursus universitaire obtenant un doctorat en ingénierie des sciences des matériaux à l’Ecole Supérieure Polytechnique de Rhénanie-Westphalie.
Il est sélectionné en juillet 2015 par l’agence spatiale européenne et s’engage pour trois années de formation avant de pouvoir prétendre prendre part à l’équipage. Le 11 novembre 2021, Matthias Maurer décolle à bord de SpaceX Crew-3 avec la mission de remplacer Thomas Pesquet au sein de l’ISS. Quelques mois plus tard, il réalise sa première sortie extravéhiculaire pour des travaux de maintenance, expérience qu’il considère comme « l’un des trois grands rêves d’un astronaute ».

Thomas Pesquet, quant à lui, commence son cursus à l’Institut Supérieur de l’Aéronautique et de l’Espace à Toulouse. Après avoir occupé différents postes dans l’industrie aérospatiale, il devient pilote de ligne en 2005. Quatre ans plus tard, le natif de Rouen fait partie des six candidats retenus par l’ESA.
Il décolle de Baïkonour le 17 novembre 2016 pour une mission qui va durer huit mois. En juillet 2020, fort de son expérience, le français est de nouveau sélectionné pour intégrer la capsule Crew-Dragon conçu par l’entreprise américaine SpaceX. Après cette mission, qu’il a baptisé ALPHA, Thomas Pesquet devient l’astronaute européen le plus expérimenté avec 400 jours dans l’espace et 6 sorties extravéhiculaires.
« La station spatiale internationale, ça fait la taille d’un terrain de football »
La rencontre des deux astronautes a permis au public guyanais d’en apprendre un peu plus sur la vie quotidienne au sein de l’ISS.
Thomas Pesquet et Matthias Maurer ont d’abord évoqués les conditions de vie dans cet environnement si particulier qu’est l’espace. « Nous menons des expériences scientifiques sur des thème divers et variés, cela constitue l’essentiel de notre mission » témoigne Matthias Maurer devant la photo du module Colombus, cylindre au sein de l’ISS à l’intérieur duquel sont menées des centaines d’expériences par an.
Toute la station n’est pas habitée, seulement une partie est destinée à la vie de l’équipage, « la station spatiale internationale, ça fait la taille d’un terrain de foot » s’exclame Matthias Maurer. Lorsqu’il ne réalise pas d’expériences scientifiques, chaque membre d’équipage doit effectuer une activité physique afin de se maintenir en forme et de préparer le retour sur terre. Le ménage est également une tâche que les astronautes réalisent une fois par semaine.
À bord de l’ISS, les objets sont scotchés au mur afin de ne pas les perdre, « La plupart du temps, si on perd quelque chose, on le retrouve sur les grilles d’aération » affirme le français. Autres missions primordiales, les sorties extravéhiculaires pour réaliser des opérations de maintenance. « Vous avez mis l’ancienne photo de l’ISS, j’ai installé de nouveaux panneaux solaires depuis… » sourit Thomas Pesquet en regardant le diaporama.

Vers une démocratisation de l’espace
Le thème principal de cet échange avec le public s’est vite orienté vers l’avenir de la conquête spatiale. « Notre rôle est primordial dans la lutte contre le réchauffement climatique. Sans satellites d’observations, on ne saurait peut-être même pas que le climat se dégrade » répond l’astronaute français à une question concernant la responsabilité des conquêtes spatiales sur l’environnement.
Le progrès technologique et la volonté de rendre ce rêve accessible à tout le monde pousse petit à petit les missions spatiales à se démocratiser. Le métier d’astronaute semble désormais s’ouvrir aux personnes qui n’y avaient jusqu’ici pas ou peu accès. « L’espace, c’est pour tout le monde. » déclare Matthias Maurer devant un cliché du diaporama de l’ESA. Au côté de l’astronaute allemand, Samantha Cristoforetti, astronaute italienne qui est devenue le 28 septembre dernier capitaine de la station spatiale internationale.

Une question concernant l’accessibilité des missions spatiales aux personnes en situation de handicap est venue clore la rencontre avec les deux astronautes. « Il y aura des personnes en situation de handicap dans l’espace, j’en suis sûr » déclare l’astronaute allemand. Pour preuve, les critères d’admissibilités de l’ESA qui étaient jusqu’alors réservés aux personnes valides, autorisent désormais l’inscription de candidats porteurs d’un handicap au niveau des membres inférieurs ou encore de personnes mesurant moins d’1m30.
En novembre 2022, le sprinteur paralympique et docteur en médecine John McFall a été sélectionné pour devenir le premier « parastronaute » de l’histoire. Le britannique, amputé de la jambe droite, pourrait être envoyé dans l’espace au cours des dix prochaines années.