Cagnotte en ligne : une nouvelle forme de monétisation ?

Traditionnellement, les cagnottes en ligne étaient associées à des situations d’urgence ou à des initiatives collectives, comme l’organisation d’événements, le financement de soins médicaux, ou le soutien à des victimes de catastrophes. Un exemple parfait : les nombreuses cagnottes mises en ligne en aide à la Palestine depuis plusieurs mois.

Mais avec l’évolution des usages sur internet et la montée en puissance des réseaux sociaux, leur utilisation a considérablement changé. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes créent des cagnottes pour des projets plus personnels, voire pour des besoins quotidiens.

Le phénomène des réseaux sociaux

Le phénomène des cagnottes en ligne a pris une ampleur particulière chez les influenceurs, notamment sur des plateformes comme TikTok ou Instagram. Ces créateurs de contenu, suivis par des millions de personnes, n’hésitent plus à solliciter leurs abonnés pour financer divers projets. Parfois, il s’agit de plaisir personnel, comme s’acheter le dernier produit à la mode, ou encore voyager dans le pays de leur rêve.

C’est le cas de Loana, @madeenyna sur les réseaux, jeune Tiktokeuse d’origine martiniquaise, qui a lancé une cagnotte pour financer la réalisation de son clip. Malgré sa notoriété elle a choisi d’impliquer sa communauté dans ce projet. Une décision qui ne plaît pas à certains, l’argument des revenus générés grâce à son audience étant rapidement avancé.

Commentaire vidéo TikTok

Un autre exemple avec la Tiktokeuse Naomy, @thesillystore sur tiktok, une jeune maman célibataire, qui a décidé d’ouvrir une cagnotte pour pouvoir financer l’achat de sa voiture. Elle aurait pris cette décision après avoir vu la vidéo d’une mère de famille qui annonçait ouvrir une cagnotte afin de pouvoir partir en vacances avec son compagnon et ses enfants.  

De plus en plus de Tiktokeurs/influenceurs, s’adonnent à cette nouvelle tendance, attirant la sympathie des gens, afin de recevoir de l’argent “facilement”. Un nouveau modèle économique soulevant des questions éthiques. 

Un modèle controversé

Si les cagnottes en ligne offrent une nouvelle manière de gagner de l’argent, elles soulèvent également des questions sur leur légitimité. Certains voient dans cette pratique un détournement de l’esprit initial du financement participatif, censé être dédié à des causes plus nobles ou à des projets communautaires.

D’autres estiment que chacun est libre de financer ce qu’il souhaite, tant que la transparence est de mise et que les contributeurs sont informés de l’utilisation des fonds. En outre, la multiplication des cagnottes en ligne pour des projets purement personnels pourrait à terme nuire à la crédibilité de ces plateformes, en brouillant la frontière entre dons solidaires et financement commercial.  

Des cagnottes trompeuses

C’est peut-être déjà le cas avec la présence de “fausses cagnottes”, en ligne. Cette popularité croissante a également attiré des individus mal intentionnés, exploitant la générosité du public avec des campagnes frauduleuses. Ces fausses cagnottes, souvent basées sur des histoires inventées ou exagérées, profitent de l’émotion suscitée par des récits tragiques pour collecter des fonds qui ne parviennent jamais à la cause annoncée.  

C’est le cas du Tiktokeur Malou.igo, qui a lancé une cagnotte afin que les internautes l’aident à payer plusieurs amendes d’une valeur totale de 13 000 euros. Quelques jours plus tard, le Tiktokeur, publie une nouvelle vidéo où il annonce clairement ne pas avoir remboursé ses amendes. Il explique avoir effectué des achats de luxe avec l’argent récolté. D’autres vidéos suivront, où il se moque des donateurs en leur demandant de suggérer une bonne destination pour partir en voyage. Aujourd’hui, la cagnotte du Tiktokeur est indisponible et en cours de vérification. 

Les plateformes de financement participatif ont ouvert la voie à une nouvelle ère de la collecte de fonds, où les motifs sont aussi variés que les individus. Qu’il s’agisse de soutenir une cause noble, de financer un projet personnel ou, malheureusement, de profiter de la bonne volonté d’autrui, tous les coups semblent permis.

Ce phénomène a donné naissance à un véritable modèle économique alternatif, où l’ingéniosité et la persuasion sont les clés du succès. La démocratisation des outils de création de cagnottes en ligne a ainsi mis à portée de tous, la possibilité de monétiser une idée, une situation ou simplement une histoire bien racontée. 

Vague de haine après une vidéo d’une mosquée en Martinique


La jeune TikTokeuse martiniquaise et réunionnaise, Muffin, s’est récemment retrouvée au centre d’une polémique, suite à la publication d’une vidéo sur TikTok. En vacances en Martinique depuis plusieurs jours, l’influenceuse filme quotidiennement son séjour sur l’île. Vendredi dernier, la jeune femme de confession musulmane s’est rendue à l’unique mosquée de Martinique, sur les hauteurs de Balata à Fort-de-France. Téléphone en main, elle filme sa première visite des lieux.

Des centaines de milliers de vues

Dans cette séquence d’une minute, on voit la jeune fille présenter la mosquée et partager son ressenti. A la fin de la vidéo, la TikTokeuse Muffin coupe l’image et partage pendant quelques secondes une salât (prière), prononcée à la mosquée. 

Visionnée près de 800 000 fois sur TikTok, la vidéo suscite de nombreux commentaires divisés. Si pour certains, il ne s’agissait que d’un simple partage du lieu musulman sacré de l’île, pour d’autres, cette vidéo a été perçue d’une tout autre manière et s’indignent dans l’espace commentaires de la présence d’une mosquée sur l’île, où le catholicisme est majoritairement pratiqué.

Certains Guadeloupéens expriment aussi leur mécontentement.

Commentaires tirés de la vidéo TikTok de @Muffin

Malheureusement ce ne sont pas simplement des cas isolés parmi les 1 642 commentaires de la vidéo, bien que certains utilisateurs aient salué l’initiative de Muffin, la remerciant de mettre en lumière des aspects souvent peu connus en Martinique.

« Je ne comprends pas comment on peut ressentir de la haine pour une autre religion »

Face à ces nombreux commentaire, Muffin a publié une deuxième vidéo le lendemain, en réponse à la haine qu’elle reçoit. Elle y exprime son regret face à l’intolérance de certains et au manque de respect d’autres. “Je ne comprends sincèrement pas comment est-ce qu’on peut ressentir de la haine envers une autre religion, qu’importe cette dernière […] Ok on n’a pas la même religion, mais est-ce que c’est une raison pour se détester ? Pour se mépriser ? […] Arrêtez vos bêtises, Dieu ne prône pas la haine”.  

/https://www.tiktok.com/@lylispaam/video/7395297234960551201

Malgré les critiques, Muffin a choisi de ne pas se laisser abattre. Dans sa vidéo réponse, elle remercie chaleureusement les Martiniquais qui lui ont apporté soutien et ont fait preuve de tolérance. Encouragée par ces messages positifs, elle continue à réaliser ses vidéos de type vlog en Martinique, mettant en avant la beauté et la diversité culturelle de l’île.  

Développement Territorial : de nouvelles mesures en aide aux jeunes

L’État et la collectivité territoriale de Martinique ont présenté la semaine dernière, le nouveau programme de développement territorial. Ce projet d’une valeur de 1,74 milliard d’euros, vise à améliorer le territoire, en s’attaquant à des enjeux majeurs pour l’île.

De nombreuses mesures ont été énoncées, comme le soutien au développement économique, la gestion durable du territoire ou encore le bouclier qualité prix. Parmi elles, des mesures visant à l’accompagnement des jeunes dans leur avenir professionnel et personnel. Une démarche importante pour le Président du conseil exécutif de la Martinique.

« Pour nous c’est quelque chose de fondamental. Il est important de soutenir nos jeunes, ils sont l’avenir ». 

Serge Letchimy

Le logement, une priorité

Parmi les actions bientôt mises en place, présentées par Serge Letchimy et Jean-Christophe Bouvier, préfet de Martinique, un accord avec Action Logement, concernant un prêt de 50 000 euros à taux 0, pour les moins de 40 ans. Ce plan est garanti par le fonds Martinique Habitat, cofinancé par l’Etat et la CTM. Cette mesure vise à faciliter l’accession à la propriété pour les jeunes, une aide pour leur premier investissement ou réhabilitation. Un enjeu crucial pour garder les jeunes sur le territoire.

« Il y a beaucoup d’action sur le retour au pays. Nous avons tout un dispositif d’accompagnement sur l’installation au logement, les crèches etc. Ça se développe progressivement. Nous sommes à près de 400 dossiers aujourd’hui, une centaine sont déjà traités et financés. Nous avons travaillé sur cela, car nous avons besoin que ces jeunes reviennent au pays pour arrêter la chute démographique ».

Serge Letchimy

L’Etat et la CTM viennent également en aide aux étudiants sur le plan éducatif. Trois nouveaux instituts seront ouverts en partenariat avec l’Université des Antilles : biodiversité, numérique et architecture/urbanisme. La construction d’un pôle santé est également envisagé. 

Le programme de développement territorial global, comprend une contribution de 141 millions d’euros de la CTM, 141 millions d’euros de l’État, et 15 millions d’euros des EPCI (Établissements Publics de Coopération Intercommunale).

Décès de Luc Hodebourg : « Mon père était quelqu’un qui avait la joie de vivre »

Né le 1er janvier 1975 au Marin, Luc Hodebourg s’est fait connaître des Martiniquais en 2020, lors de sa présentation aux élections municipales, dans sa commune natale.

Après avoir prononcé sa phrase iconique « pa volè bagay moun ! Ay lanmè ! », sur un plateau de télévision, l’ex-candidat politique est devenu une figure iconique des réseaux sociaux, faisant rire certains plus que d’autres. Mais qui était vraiment Luc Hodebourg ? Ses enfants le décrivent comme un homme engagé pour sa communauté, et un père aimant.

Les origines de Luc Hodebourg

Cadet d’une fratrie de 7 enfants, Luc Hodebourg a toujours été une figure de générosité et de dévouement, selon ses proches. Premier fils de la famille, il a su jongler entre ses responsabilités familiales et ses passions pour la pêche et l’agriculture. Après un premier mariage et un premier enfant (Cindy Hodebourg), l’amoureux de l’agriculture rencontre en Bretagne Valerie Muller, qui deviendra son épouse et la mère de ses trois autres enfants : Tifenn, Euzann et Luka.

Ils filent le parfait amour pendant plusieurs années, et en 2013, ils partent vivre en Martinique et s’installent avec leurs 3 enfants, dans la commune de Saint-Pierre. Malheureusement, une année plus tard, la mère de famille décèdera d’un cancer du sein, métastasé en cancer des os. Cet événement traumatisant, marquera profondément la vie de Luc Hodebourg et de ses enfants, qui déménageront au Marin. 

Un père présent, malgré les difficultés 

Luc Hodebourg est décrit par sa fille Tifenn, 19 ans, comme un papa très bienveillant et aimant« Nous avions une relation fusionnelle avec lui », commence-t-elle. « Mon papa m’a tout enseigné. Il m’a appris à me coiffer, à nager, à cuisiner. Il était très présent pour nous, depuis tout petits », se remémore-t-elle avec nostalgie.

L’ancien pêcheur marinois est, selon sa fille, une personne qui avait la joie de vivre, en permanence. Malheureusement, après le décès de celle qui était l’amour de sa vie, Luc Hodebourg rencontre le chemin de l’alcool et sombre dans une forme de dépression qui ne le lâchera plus. « C’était vraiment un papa poule », raconte Tifenn.« Il a toujours été là pour nous, on n’a jamais manqué de rien, il nous défendait et on avait cette relation très complice où on rigolait beaucoup avec lui. Il nous taquinait et aimait nous faire des blagues. Malheureusement il était très amoureux de sa femme, et le décès de ma mère l’a mené un peu à sa perte. Il est tombé en dépression, il n’a jamais été diagnostiqué, mais je pense que c’est ça. Il ne voulait pas aller voir de psychologue. Il a trouvé refuge dans l’alcool et malheureusement en voulant nous préserver, nous ses trois enfants, il nous cachait un peu sa peine. Il s’est perdu en voulant nous préserver et en est décédé hier », nous confie-t-elle la gorge serrée.  

Un homme engagé et dévoué auprès de la population 

En plus de sa passion pour l’agriculture, Luc Hodebourg était un homme politique engagé et déterminé. Membre d’Europe Écologie les Verts, il avait créé le Parti Familial Marinois. En 2020, il s’est présenté en tant que candidat aux élections municipales de la commune du Marin. « Il a toujours aimé la politique, car il était contre l’injustice. C’était vraiment son combat, justement. Il a essayé de faire de son possible, il était investi, avec toute la bienveillance d’une vraie personne », partage sa jeune fille avec fierté.

Luc Hodebourg avait à cœur de lutter contre la délinquance, d’aider la jeunesse, les personnes âgées et les femmes. Manque de colistiers, la préfecture annulera sa liste et l’ex-candidat n’ira pas plus loin dans l’aventure. À la suite de cet événement, il créera l’association « Ay lanmè », qui aura pour but de continuer ce pour quoi il s’est toujours battu.  

« C’est dur, mais je dois rester forte pour mon frère et ma sœur »

Tifenn, Euzann et Luka, sont maintenant orphelins. Une situation très dure à vivre pour la fratrie. « C’est un cauchemar. Nous avons perdu notre mère il y a dix ans. Aujourd’hui c’est notre père. C’est vraiment un choc », partage l’aînée sanglotante. Tifenn qui est une jeune étudiante de 19 ans, doit maintenant s’occuper de son petit frère de 14 ans. « Je cherche un logement pour mon frère et moi, où je continuerai son éducation et tout ce qu’il faut pour qu’il ne soit pas désorienté. Je refuse catégoriquement qu’il soit en famille d’accueil. Je suis sa grande sœur et j’ai toujours été là pour lui, il vivra avec moi et c’est tout », déclare-t-elle.

Euzann, elle, partira bientôt en Guadeloupe pour entamer ses études supérieures. Depuis l’événement tragique, Tifenn souhaite prendre soin de son frère et sa sœur, tout en maîtrisant ses sentiments pour les soutenir au mieux. « Je vais devoir me calmer et gérer mes émotions, car derrière il y a mon petit frère et ma petite sœur. Quand j’ai appris la nouvelle, je n’étais pas sur place. Une fois arrivée au Marin, j’ai continué de pleurer dans la voiture et ensuite, j’ai essayé de gérer mes larmes. Là, c’est moi qui dois tout gérer. Je suis rentrée et j’ai rassuré ma sœur et mon frère comme je le pouvais. Je ne peux pas pleurer, ce n’est pas le moment de le faire. Place aux démarches à effectuer. J’ai eu du mal à dormir après la nouvelle, bien sûr. C’est dur, mais je dois rester forte pour mon frère et ma sœur ». 

Une cagnotte Leetchi ouverte par la famille 

Démunie face au décès de son père, Tifenn publie une vidéo sur Instagram et TikTok, où elle y lance un appel à l’aide. Dans cette séquence émouvante, l’aînée explique, les larmes aux yeux, son incapacité à pouvoir payer les frais d’obsèques et assurer l’éducation et l’avenir d’Euzann et Luka. Le cri de détresse de la jeune femme, visionné plus de 300 000 fois sur TikTok, aura émeut les Martiniquais.

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Une publication partagée par Tifenn 🩷 (@tifenn.hdb)

Au lendemain de l’ouverture de la cagnotte, le montant de la récolte s’élève à plus de 60 000 euros. Un élan de solidarité, auquel Tifenn ne s’attendait pas. « J’en pleure, je suis totalement émue. Je ne sais pas comment remercier les Martiniquais. Je ferai une vidéo sur mes réseaux sociaux afin de m’exprimer, pour leur montrer tout ce que je ressens dans mon cœur. Je suis juste complètement touchée, je ne pensais pas que cette vidéo allait prendre autant d’ampleur. Je pensais avoir juste les fonds pour l’enterrement, mais quand je vois que grâce à eux, mon petit frère et ma petite sœur auront un avenir, j’en pleure, je ne réalise pas », confie-t-elle émue. La jeune femme annonce également, que la somme finale sera divisée par 3, équitablement. 

Tifenn Hodebourg a souhaité, à travers cet article, adresser quelques mots à son père :

« Ce que je préférais le plus chez toi papa, c’était ta joie de vivre. Merci pour tout, merci pour la personne que tu étais malgré tout. Je sais que là-haut, tu seras près de ta femme, près de notre mère que tu as tant aimée. Et tu veilleras sur nous de là où tu es »

La veillée aura lieu ce vendredi 26 juillet à partir de 18h sur la place de l’église du Marin. Les obsèques se tiendront samedi 27 juillet à l’église du Marin à partir de 10h30.